Questions & idées reçues

Les saumons d'élevage bio, c'est mieux ?

Le saumon labellisé Bio AB ou Label Rouge risque de contenir encore plus de PCB (des polluants éternels), en raison de son alimentation riche en poissons sauvages, ayant eux-mêmes accumulé des substances toxiques dans leur milieu marin naturel. En effet, le Label Rouge requiert 51 % d’ingrédients d’origine marine, l'effet de bioaccumulation est donc plus important.

De plus, les élevages bio utilisent aussi différents traitements chimiques pour lutter contre les maladies et parasites qui affectent les saumons. Parmi les insecticides toxiques pour la vie aquatique, la deltaméthrine est encore très utilisée tant par les élevages conventionnels que biologiques. Elle provoque des taux de mortalité élevés chez les crevettes et, entre autres, est hautement toxique pour les homards dans un rayon allant jusqu’à 39 km2 autour de l'élevage.

Comment manger des poissons sans participer à la destruction des écosystèmes marins ?

Si la question éthique des souffrances animales n’entre pas dans vos choix de consommation, veillez à :

  • réduire drastiquement votre consommation

  • bannir la consommation de poissons carnivores (bars, truites, saumons) :

    • élevage : l'alimentation de ces poissons, situés en haut de chaîne alimentaire, joue un rôle très important dans la surpêche (farine de poissons) et dans la déforestation (protéines végétales, en majorité soja). La pêche minotière (destinée à alimenter les animaux d'élevage) participe également à fragiliser la sécurité alimentaire des populations côtières qui dépendent de ces "ressources" pour leur subsistance (en Afrique de l'Ouest notamment).

    • pêche : ces poissons jouent un rôle crucial dans l'équilibre et la régulation des écosystèmes marins.

  • bannir les méthodes de pêche destructrices (les méthodes non sélectives comme le chalutage, les filets maillants ou la senne démersale).


Vous pouvez privilégier les cultures issues d’aquaculture à faible impact (algues, coquillages), les substituts de poissons, fabriqués en France, riches en protéines, fibres et Oméga-3 (comme le saumon végétal de la marque OceanKiss) ou les petits poissons issus de la pêche côtière à la ligne (ce choix contribuant aux souffrances animales). La méthode de pêche est obligatoirement indiquée sur les étiquetages.

Toutefois, chez Seastemik, l’approche est globale et prend aussi en compte les impacts sociaux, de condition animale et de santé humaine. Ainsi, aujourd’hui, le choix de continuer à manger des poissons en France ne peut faire abstraction des faits suivants :

  • Santé humaine :

    • La consommation de poissons en France ne répond à aucune nécessité nutritionnelle puisque, malgré la forte consommation de poissons en France (30,4 kg/an/personne), 89 % à 99 % de la population française présentent des insuffisances en oméga 3. De plus, le Collège de la Médecine Générale recommande une alimentation végétale à 90 %.

    • La consommation de poissons est l’une des plus grandes sources d’exposition de l’organisme aux polluants éternels.

  • Souffrances animales : les poissons sont des êtres vivants sensibles dont la mise à mort, quelle que soit la méthode de pêche utilisée, génère des souffrances.

  • Justice sociale : La technique de pêche la plus sélective est la pêche côtière à la ligne : si elle est moins dévastatrice pour les écosystèmes marins, les volumes de production sont toutefois limités, et les prix de vente plus élevés ; ce qui ne répond pas à l’impératif d’une l’alimentation équitable et accessible à tout le monde.

Saumons et Omega-3, qu'en est-il ?
Si les saumons sont réputés contenir des Omega-3, deux éléments cruciaux manquent à cette information :
  • La France est le plus gros consommateur de saumons en Europe et quatrième au niveau mondial. Cependant, selon le type d’oméga 3 (DHA/EPA ou ALA), 89 % à 99 % de la population française présentent des insuffisances en oméga 3. Malgré la forte consommation de saumon en France, les besoins ne sont donc pas satisfaits pour une large majorité de la population.

  • Le saumon est l’une des espèces dont la chair est la plus chargée en polluants éternels (tels que les PCB et les PFAS) et en microplastiques, en raison notamment de sa teneur en matière grasse. Les saumons absorbent ces polluants provenant de leur environnement et de leur alimentation : ces substances sont cancérigènes, neurotoxiques, et peuvent provoquer des troubles des systèmes immunitaire et reproducteur.

Des alternatives existent :

L’huile de lin est le 1er aliment qui contient le plus d’Omega-3 et on en trouve facilement en grande surface ou magasin bio. En deuxième position, l’huile de colza, produit connu et plus accessible en termes de prix. Consommer 1 cuillère à café par jour de l’une ou l’autre de ces huiles apporte 100% des apports journaliers en Oméga-3 ALA.

Quant au simili saumon fumé de la marque OceanKiss, produit en France, est riche en Omega-3 et ne contient pas d'éléments toxiques (PCB, PFAS, microplastiques).


Découvrez notre tableau des choix alimentaires pour plonger dans les comparaisons détaillées (porte-monnaie, apports nutritionnels, éléments toxiques…) accessible sur www.pinkbombs.org.

Les élevages de poissons permettent-ils de contribuer à la sécurité alimentaire mondiale ?
L’élevage de poissons carnivores, comme les saumons, consomme plus de ressources qu’il n’en produit. Pour rappel, il faut pêcher jusqu’à 440 poissons sauvages pour nourrir et élever 1 seul saumon d’élevage. Plutôt que garantir une sécurité alimentaire mondiale, une telle pratique contribue à creuser les inégalités en termes d’accès à l’alimentation.

Pour ses élevages de saumons, la Norvège pêche ou importe chaque année 2 millions de tonnes de poissons sauvages, dont 123 000 à 144 000 tonnes dans les eaux d’Afrique de l’Ouest. Ce volume permettrait de satisfaire les besoins nutritionnels annuels de 2,5 à 4 millions de personnes dans la région. Cette pratique néglige donc les besoins nutritionnels locaux où les poissons pélagiques sont une source vitale de protéines pour des pays comme le Sénégal, la Gambie et la Mauritanie, fournissant jusqu'à 65 % des besoins en protéines animales.

L’élevage de poissons : une solution pour réduire les pressions écologiques sur l’Océan ?

Contrairement aux idées reçues, les élevages de poissons carnivores contribuent largement au déclin de la biodiversité marine. En cause, l’angle mort de la surpêche : la pêche minotière. C’est une pêche industrielle qui consiste à capturer de petits poissons pélagiques pour en faire de la farine et de l’huile, destinée à nourrir les animaux d’élevage, y compris les poissons carnivores comme les saumons. Pour rappel, il faut pêcher jusqu’à 440 poissons sauvages pour nourrir et élever 1 seul saumon d’élevage.

La surpêche de ces poissons participe également aux captures accessoires dites « bycatch » des espèces prédatrices (environ 300 000 dauphins et petites baleines, 250 000 tortues, et 300 000 oiseaux de mer sont tués chaque année).

Ces déséquilibres écologiques s’étendent jusqu’en Antarctique où le krill (micro-crustacé) est pêché notamment pour colorer la chair des saumons d’élevage (6,5 tonnes de krill sont nécessaires pour produire 1 tonne de farine de krill).

À ces pressions écologiques s’ajoutent les dégâts occasionnés sur la biodiversité locale autour des cages marines (rejets d’excréments, eutrophisation, pesticides, antibiotiques…). À titre d’exemple, dans les élevages de saumons en cages marines, les rejets de nutriments du secteur norvégien sont au même niveau que les eaux usées d'environ 10 millions de personnes. Pour en savoir plus, lisez notre rapport Saumons : la bombe rose d’un système alimentaire à bout de souffle.

L’alimentation à base d’insectes pour les saumons : vraie ou fausse solution ?
Pour répondre à cette question, nous avons collaboré avec l’Observatoire national de l’élevage d’insectes (ONEI), une organisation diffusant des connaissances scientifiques sur les défis et les perspectives de ce secteur.

D’abord, l’industrie a végétalisé l’alimentation des saumons, en utilisant des farines végétales à base de soja notamment. Si elle a permis de réduire l’apport en ingrédients d’origine marine, elle a toutefois contribué à un report des impacts des écosystèmes marins sur les écosystèmes terrestres, via la déforestation de la forêt amazonienne. De plus, les saumons sont carnivores, ils ne peuvent pas consommer moins de 20% de protéines animales. La végétalisation de leur alimentation pose des risques pour leur bon développement, notamment neurologique.

L’autre option envisagée est l’utilisation de farine d’insectes : toutefois, une étude systématique de 2022, la plus complète à ce jour (
Quang Tran et al. 2022), indique que, à l'exception de la pression réduite sur les poissons fourrage, la farine d’insectes présente des impacts environnementaux plus élevés que la farine de poissons. Les insectes ont un “impact énorme” sur le climat, la consommation d’énergie et la consommation d’eau. Ces effets sont principalement dus à la production de l’alimentation des insectes et à l’entretien des infrastructures nécessaires à l’élevage de ces animaux, souvent maintenues à des températures de 30°C pour une croissance optimale.

De plus, la farine d’insectes contribue de manière importante à l’acidification de l’eau et à l’eutrophisation, en raison de la pollution par les nutriments. Les seuls avantages potentiels résident dans la réduction de la pression sur les poissons fourrage (par rapport aux farines de poissons) et l'utilisation réduite des terres (par rapport aux farines de soja).

Des chercheurs ont également exprimé des inquiétudes quant aux impacts sur la biodiversité en cas de fuite accidentelle d’insectes d’élevage dans la nature, surtout s’ils sont génétiquement modifiés ou sélectionnés. Ces insectes pourraient entrer en compétition avec les espèces locales ou causer de la “pollution” génétique.

Enfin, la farine d’insectes a peu de chances de réduire la surpêche tant que son prix reste plus élevé que celui des ingrédients conventionnels.

À quoi ressemblent les conditions d’élevage des saumons ?


L
’élevage des saumons en cages marines est un modèle identique aux élevages intensifs de poulets et de cochons, mais basé en mer : hyperconcentration de la production sur un espace très réduit, recours massif aux antibiotiques, vaccins et traitements chimiques (pesticides pour la gestion des poux de mer), modification génétique, manipulation et sélection génétique, mécanisation, techniques d’accélération de la croissance de saumons, additifs dans la composition de l'alimentation, etc.

Les densités extrêmes dans les cages provoquent stress, souffrances et épisodes de mortalité massive pour les animaux : juste pour l’année 2023 en Norvège, 100 millions de saumons d’élevage sont morts, le plus haut taux de mortalité jamais atteint. À l’échelle mondiale, la principale cause de mortalité est le pou de mer : un parasite qui, une fois attaché aux saumons, se nourrit du mucus, de la peau et des tissus des poissons, réduisant leur capacité immunitaire.

Empreinte carbone : mieux vaut manger local ou végétal ?

Contrairement à ce qu’il est communément admis, une alimentation locale mais qui continue d’inclure viandes et poissons a une empreinte carbone plus élevée qu’une alimentation végétale, même quand cette dernière implique plus d’importations.

Selon le GIEC, c’est le régime végétalien qui a le plus grand potentiel de réduction de GES, suivi d’un régime très fortement végétalisé, soit une consommation de viande ou de poisson à raison d’une fois par mois.

Pourquoi une alimentation 100% locavore mais carnée (poissons et viandes) a-t-elle une empreinte carbone plus élevée qu’une alimentation végétale non locavore ?

Car les animaux d’élevage, même si élevés localement, nécessitent une très grande quantité d’aliments importés (culture de soja, pêche minotière).


À titre d’exemple, pour les saumons d’élevage, c’est la production d’aliments qui est la principale source d’émissions de GES (79,6 %).

Déforestation : tofu vs saumon

Seuls 20 % du soja mondial sont destinés à une consommation humaine, là où 76 % sont destinés à l’alimentation des animaux d’élevage.

Pour réduire l'utilisation de poissons sauvages dans l'alimentation des saumons d'élevage, l’industrie remplace une grande partie de la farine de poissons par de la protéine de soja. Ainsi, pour un filet de saumon de 100 g, 95 g de soja ont dû être utilisés en 2020, ce qui place le saumon en deuxième plus gros consommateur de soja après le poulet.

Cette substitution lie fortement l'industrie aquacole à celle du soja brésilien. Or, l’expansion des cultures de soja destiné aux élevages est responsable de déforestation massive en Amazonie, d’émissions de CO2 et d'accaparement des terres autochtones.

L'Amazonie, autrefois un puits de carbone, produit maintenant plus de CO2 qu'elle n'en capte.

D’où vient la couleur rose des saumons d’élevage ?

Du colorant est utilisé dans l’alimentation des saumons d’élevage pour rendre leur chair plus ou moins rose : parfois, ce colorant est artificiel. Souvent, il provient du krill, un petit crustacé pêché en Antarctique. En effet, le krill contient un pigment naturel, l’astaxanthine. En moyenne, il faut environ 6,5 tonnes de krill pour produire une tonne de farine de krill.

Pourtant, le krill antarctique est la pierre angulaire de l’écosystème en Antarctique. Il joue un rôle crucial dans la chaîne alimentaire, servant de nourriture essentielle pour de nombreux animaux comme les baleines, les phoques ou les calmars qui en dépendent - le krill couvre 96 % des besoins caloriques des oiseaux de mer et des mammifères marins. Il joue aussi un rôle dans la régulation et le stockage du carbone atmosphérique, grâce à ses fèces et mues par lesquelles il séquestre du carbone qu’il exporte vers les fonds marins.

Dans un contexte d’urgence climatique, continuer à pêcher le krill antarctique au détriment des services écosystémiques indispensables qu’il offre participe activement au déclin de la biodiversité et au réchauffement de la planète, dont les conséquences aggravent les inégalités sociales.